« Les inégalités ne sont pas seulement moralement inacceptables, elles sont également dangereuses pour le fonctionnement de notre monde. »

« Le travail humanitaire doit nous interroger sur le déséquilibre dans lequel évolue notre monde clivé entre société de surconsommation et populations affamées, entre technologies ultrasophis- tiquées et dénuement total. L’humanité ne pourra pas avancer très loin en laissant la moitié de sa population derrière elle. Tirer la sonnette d’alarme ne relève pas d’une solidarité naïve mais bien d’un problème de sécurité générale. »

Winds of Hope et la lutte contre le noma

Bertrand s’engage pour éradiquer cette maladie de la pauvreté en finançant des programmes de prévention, de détection précoce, et de soins primaires et en recherchant des synergies dans l’action autour de la No-Noma International Federation qu’il crée pour regrouper les associations actives contre cette maladie. En plus des actions concrètes menées sur le terrain, Bertrand utilise ses conférences et rencontres politiques pour mobiliser l’action internationale.

« Quand on entend son nom pour la première fois, on ne sait pas de quoi il s’agit. Quand on entend la description, on n’arrive pas y croire. Et quand on le voit de ses propres yeux, on ne peut plus jamais être le même qu’avant. Le noma est une maladie qui ne laisse pas seulement des cicatrices indélébiles sur le visage de ses petites victimes, mais qui incruste aussi ses séquelles dans l’esprit de ceux qui la croise : la honte de n’avoir pas su plus tôt, l’horreur que cela soit encore possible au 21ème siècle, l’incompréhension que si peu d’organisations humanitaires s’en occupent. En raison de son caractère non transmissible, le noma n’est une priorité pour personne. Son lien direct avec la malnutrition et le manque d’hygiène en fait pourtant un symbole : celui de la misère. Il doit être éradiqué ! »

Bertrand Piccard

Le noma, symbole de la misère profonde, une réalité qui touche des milliers d’enfants

Le noma, symbole de la misère profonde

Le noma, du grec « nomein » qui signifie dévorer, est une gangrène foudroyante qui se développe dans la bouche et détruit à la fois les tissus mous et osseux du visage. Favorisé par le manque d’hygiène et la malnutrition qui affaibli les défenses immunitaires, le noma se rencontre dans des conditions de pauvreté extrême. Ses victimes sont pratiquement toutes des enfants entre 2 et 6 ans. En l’absence de traitement, le noma est mortel dans 80% des cas et laisse les survivants dans un état de mutilation insoutenable. Si l’origine du noma se trouve dans la malnutrition, la raison de son développement s’explique par l’ignorance des milieux concernés lors de son apparition. Il suffirait d’une prise en charge précoce avec quelques antibiotiques, au moment des tout premiers symptômes, pour enrayer l’évolution de la gangrène. Passé ce stade, il ne restera plus que la chirurgie réparatrice, coûteuse en moyens financiers et en souffrance, pour rendre à ces enfants une apparence humaine…

Une réalité qui touche des milliers d’enfants

Chaque année, dans l’indifférence générale, des milliers d’enfants en bas âge, vivant dans les régions les plus pauvres payent un tribut inacceptable à la malnutrition, au manque d’hygiène et à l’ignorance. D’une gingivite, devenue ulcéro-nécrotique, à un œdème de la joue passé inaperçu, l’infection se développe en quelques jours, en raison d’un affaiblissement des défenses naturelles causée par la malnutrition, avant de devenir irréversible. Chaque année, des milliers d’enfants de deux à six ans dans les régions les plus pauvres ne seront plus jamais capables de se nourrir et de respirer normalement. Très souvent, ils seront rejetés par leur communauté qui y voit une malédiction. Et pourtant, quelques francs d’antibiotiques donnés à temps auraient permis d’éviter cette évolution et ses terribles conséquences.

Mettre en marche un processus d’éradication de ce fléau

Bertrand engage l’action de la fondation Winds of Hope sur 3 axes

Prévenir

Combattre le noma avant son apparition ou dès les premiers signes de la maladie à travers des programme de formation d’agents de santé communautaires et de sensibilisation dans les villages ; Bertrand veut développer des programmes simples et à fort effet multiplicateur permettant l’information préventive, la détection précoce et les soins de santé primaires.
Jusqu’à la dégradation des conditions de sécurité dans les pays de la zone sub-saharienne, le financement de programmes nationaux de prévention et de détection précoce a été le fer de lance de La Fondation Winds of Hope au Niger, Burkina Faso, Mali, Bénin, Togo et Sénégal où des partenariats ont été mis en œuvre avec les ministères de la santé de ces pays et la base africaine de l’OMS. Près de 20’000 agents de soins, infirmiers, sages-femmes et tradipraticiens ont été formés dans ces régions pour reconnaître et soigner les tout premiers signes de noma de façon à enrayer la maladie.

Sensibiliser

Bertrand Piccard utilise sa notoriété pour mobiliser la communauté internationale et de l’opinion publique et les pouvoirs politiques sur l’existence de cette maladie intolérable et cherche à favoriser la prise de conscience des pouvoirs politiques sur des mesures urgentes à prendre.
Ce volet, mené avec la Fondation Winds of Hope, consiste à mener des activités d’information et de plaidoyer en faveur de l’éradication du noma, à travers des conférences et des audiences avec des autorités gouvernementales. En mars 2012, à l’initiative de Winds of Hope et de M. Jean Ziegler, le Conseil des Droits de l’Homme vote un texte sur la relation qui existe entre la sévère malnutrition, les maladies infantiles, en particulier le noma, et les droits humains de l’enfant. Le résultat en est une première reconnaissance internationale officielle du noma en tant que marqueur absolu de la pauvreté extrême.

Fédérer

A l’initiative de Bertrand, Winds of Hope crée en 2003 la Fédération Internationale NoNoma qui regroupe la plupart des organisations actives dans la lutte contre le noma, de la prévention à la réinsertion des victimes en passant par les actions chirurgicales. Cette recherche de synergies à travers des tables rondes scientifiques et des actions de terrain communes s’est révélée indispensable pour mettre en œuvre les forces nécessaires à la lutte contre ce fléau.
En 2008, Winds of Hope met sur pied, en collaboration avec la Fédération NoNoma, le Noma Day, une journée scientifique et d’information organisée en marge de l’Assemblée Générale de l’OMS et en collaboration avec celle-ci. Le succès de cette entreprise, menée sous la direction de Michèle Piccard, a permis de faire sortir de l’ombre ce « visage de la pauvreté » et de collecter près d’1 million de francs suisses, somme affectée entièrement aux actions de prévention.

Une promesse après le tour du monde en ballon

A leur rentrée du tour du monde en ballon, Bertrand Piccard, Brian Jones et Breitling font la promesse de dédier leur victoire aux enfants du monde et d’utiliser leur notoriété pour lutter contre des souffrances oubliées ou négligées. La cause du noma s’impose très vite à eux en raison de son caractère emblématique : symbole de la misère profonde.

Créée le 9-9-1999, la Fondation Winds of Hope est reconnue d’utilité publique et placée sous la haute surveillance de la Confédération Helvétique. Son capital de base provient du prix Budweiser remporté par l’équipe du tour du monde en ballon et d’un don de Breitling. Elle est alimentée par des dons de privés et d’entreprises, déductibles fiscalement.

Dons en ligne sur le site de Winds of Hope : www.windsofhope.org

Le visage assassiné, atteints d’un mal foudroyant considéré comme une malédiction ; autour d’eux, la peur, la curiosité, le rejet.
Yvan Muriset, Sentinelles

Ambassadeur des Nations Unies pour la Population

Quelques mois après son tour du monde en ballon, Bertrand accepte de soutenir les projets du Fonds des Nations Unies pour la Population (FNUAP). Bertrand rejoint des personnalités comme Carl Lewis, Ronaldo, Michael Schumacher, David Beckam ou Angelina Jolie comme United Nations Goodwill Ambassador pour des actions de terrain auprès des autorités locales, de la population et des média.

Trois mandats de 2000 à 2012

Des villages les plus démunis jusqu’aux ministères, Bertrand s’engage dans des programmes de lutte contre la pauvreté à travers l’éducation des femmes et leur insertion dans une vie professionnelle. Il participe à des actions principalement en Inde, mais aussi en Amérique du Sud lors de plaidoyers auprès de plusieurs gouvernements ainsi qu’en Europe pour des campagnes d’information et de levée de fonds.

Discours d’ouverture du Sommet social des Nations Unies 2000

« Mesdames et messieurs du monde entier,
Permettez-moi tout d’abord de vous dire le plaisir que j’ai à vous faire voir mon pays, la Suisse, et la Ville internationale de Genève exprimer leur tradition d’activités humanitaires, sociales, diplomatiques et de paix. Je suis heureux de vous accueillir tous à ce sommet social potentiellement très important.
Faire le tour du monde en ballon donne une vision très particulière de la planète. Pour Brian Jones et moi, c’était comme prendre le monde dans nos bras pendant trois semaines. Et aujourd’hui, nous sommes bouleversés d’entendre des gens dire : «  Je ne me soucie pas de ce problème ou de cette guerre, c’est à l’autre bout du monde. »
Parler de mondialisation nous oblige désormais à mondialiser les actions contre les souffrances inacceptables dans le monde. Mais pour cela, les mots ne suffisent pas.
Lorsque vous faites le tour du monde en ballon, vous êtes poussé par le vent, presque prisonnier du courant. Si vous voulez modifier votre trajectoire, vous devez changer d’altitude afin de trouver une autre couche de vent qui a une autre direction. De cette façon, la montgolfière est une métaphore de la vie. L’être humain est souvent prisonnier de ses problèmes, de ses habitudes ou de sa recherche de pouvoir et d’argent.
Si nous voulons changer quelque chose dans le sens de la vie, il nous suffit de changer d’altitude et, dans ce cas, d’attitude. Nous devons passer des paroles aux actes.
Les mots ne suffisent pas car nous oublions généralement ce qu’il y a derrière les mots tels que la souffrance, la mort, le sida, la pauvreté, la torture, etc.
La communication et l’information vont si vite, qu’après avoir vu les pires images d’une guerre ou d’une famine, il nous suffit de changer de chaîne à la télévision ou de tourner la page de notre journal… et d’oublier tout cela.
Mais la souffrance n’est pas temporaire : elle est permanente. Cela implique que, jour et nuit, des millions d’hommes, de femmes et d’enfants pleurent, ressentent une douleur ou une détresse terrible, ou font d’horribles compromis pour obtenir un peu de nourriture et d’eau pour nourrir ceux qu’ils aiment. Et bien trop souvent, ils ne savent même pas qui, dans leur famille, sera encore en vie lorsqu’ils rentreront chez eux.
Mais qu’est-ce que la mort ? Ce n’est pas seulement un corps étendu sur le sol. C’est bien plus qu’un petit mouvement du doigt sur la gâchette d’un pistolet. La mort d’une personne signifie la souffrance de toute une famille pendant les 30 ou 40 années suivantes. Et même lorsqu’une guerre s’arrête, de nombreux survivants mutilés continuent à vivre avec des cicatrices physiques et psychiques à long terme qui ne leur permettront jamais d’avoir une vie normale.
Oui, la souffrance n’est pas temporaire, elle est permanente. Mais nous oublions que, parce que nous n’avons pas appris à vivre à la bonne altitude, nous n’avons pas développé la capacité de nous mettre à la place des personnes qui souffrent.
Les larmes des enfants et des adultes qui souffrent devraient nous empêcher de dormir.
Mesdames et Messieurs, au cours du dernier millénaire, l’humanité était trop insensible à la souffrance.
Trop de généraux, de présidents et autres chefs d’État ont tiré leur gloire de la conquête et sont entrés dans l’histoire grâce à leur pouvoir ou, parfois, à leur profit personnel.
Mais nous espérons que les temps ont changé et que la sensibilité a évolué ; et j’en donne pour preuve le fait que nous sommes tous ici cette semaine pour un sommet social.
Désormais, les chefs d’État entreront dans les livres d’histoire s’ils ont de l’humanité, s’ils comprennent les besoins de leur peuple et seulement s’ils sont capables de se mettre à la place de ceux qui souffrent.
Nous sommes aujourd’hui dans une situation où il n’est pas acceptable de laisser la moitié de l’humanité sans droits fondamentaux : non seulement moralement, mais aussi pour la sécurité du monde. Un déséquilibre crée toujours de grandes frictions, voire une révolution ; non seulement moralement, mais aussi rationnellement. En laissant la moitié du monde hors du marché, les entreprises perdent des milliards de ventes potentielles.
Et la moitié du monde n’a pas accès aux biens et services dont ils ont besoin. Ce n’est pas seulement cruel et dangereux, c’est stupide. C’est en contradiction avec toutes les règles économiques !
Mais que l’on ne se méprenne pas, la solidarité ne signifie pas partager les richesses des riches avec les pauvres, car tout le monde deviendrait alors pauvre. La solidarité signifie partager les potentiels, aider au développement, entreprendre des actions politiques pour lutter contre la famine, développer des programmes d’éducation et de santé, respecter la valeur de la vie et des êtres humains sur cette planète.
Mais le respect n’est pas un simple mot. Lorsque l’on survole le monde, il devient évident que la vie sur cette planète est un miracle, et que chaque personne porte en elle une petite partie de ce miracle. En ce sens, le respect est la reconnaissance de cette étincelle magique de vie dans chaque personne.
Le respect signifie également accepter toutes les différences entre les personnes.
Lors de notre vol historique, nous avons été émerveillés par tous les contrastes de couleurs, de formes. La planète ne serait pas si merveilleuse sans toutes ces différences. C’est d’ailleurs la même chose pour les êtres humains.
Ils sont tous différents, en couleurs, en religion, en politique, en opinions, et c’est une façon de détruire le monde lorsque quelqu’un essaie d’éliminer ou de torturer l’un d’entre eux à cause de ses différences.
Les premiers chefs d’État à comprendre cela et à promouvoir avec diligence les droits de l’homme et le développement social entreront dans les livres d’histoire. En se souciant de la vie et de l’évolution de leur peuple, ils deviendront des leaders d’un nouveau genre, des leaders du nouveau millénaire. Ils renonceront à un peu de gloire à court terme pour obtenir une reconnaissance permanente.
Mesdames et Messieurs, partout dans le monde, la vie est inacceptablement dure pour la moitié de la population mondiale. Le sommet social de cette semaine a besoin de la bonne altitude pour trouver la bonne direction. Il a besoin d’actions, de décisions, de courage… et pas seulement de mots. Le monde vous invite maintenant à devenir les leaders du nouveau millénaire, les leaders qui entreront dans les livres d’histoire pour leur courage, leur valeur et leur respect de la vie humaine.
Que le vent accélère votre succès comme il l’a fait pour notre ballon dans le monde.
Bonne chance ! »
Bertrand Piccard
Discours d’ouverture du Sommet social des Nations Unies 2000

La solidarité est avant tout un partage de potentiels, une vision commune de développement
Bertrand Piccard
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