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Cette nouvelle de la Fondation Solar Impulse, initialement publiée en anglais, a été traduite par traduction automatique.

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L'hésitation de l'Europe sacrifie sa souveraineté

4 février 2026 par Bertrand Piccard

Dans un monde fragmenté et instable, marqué comme jamais depuis la Seconde Guerre mondiale par des tensions géopolitiques et la concurrence entre des blocs antagonistes, la durabilité n'est pas un luxe idéologique pour l'Europe. Elle est la condition même de sa souveraineté. Produire sa propre énergie, réduire ses dépendances, moderniser son industrie pour la rendre performante : tels sont les fondements de l'autonomie stratégique.


Et pourtant, l'Europe recule aujourd'hui sur le changement climatique parce qu'elle n'a pas compris qu'il s'agit de bien plus que du climat.
Ce n'est pas faute de solutions, mais à cause de la manière dont la transition a été présentée : comme une contrainte coûteuse, un fardeau économique, une série de sacrifices imposés aux ménages et aux entreprises. Ce discours a fait son œuvre. Il a alimenté les peurs, sapé les meilleures intentions, légitimé l'inaction et ouvert la voie aux échecs actuels.


Car à force de croire que la transition va nous appauvrir, on finit par la ralentir. En la présentant comme un prix à payer plutôt que comme un investissement rentable, on ouvre la voie aux compromis fragiles et aux demi-mesures. Les récentes décisions de l'Union européenne illustrent ce point.


La loi sur le climat 2040 fixe un objectif ambitieux de réduction des émissions de 90 %. Mais derrière les gros titres, les concessions s'accumulent : report de l'ETS 2 - le mécanisme clé destiné à guider les investissements dans les bâtiments et les transports - utilisation accrue de crédits carbone aux effets incertains, et flexibilités si importantes que le European Climate Board lui-même a mis en garde contre le risque de compromettre la neutralité carbone d'ici à 2050. L'histoire parle de leadership. Les faits parlent d'hésitation.


La même logique s'applique au paquet "omnibus" sur la simplification des rapports de durabilité. Présenté comme une démarche pragmatique au nom de la compétitivité, il affaiblit en réalité la transparence, réduit les obligations de contrôle et prive les entreprises d'un outil essentiel pour piloter leur modernisation. Sans mesure ni vérification, il ne peut y avoir de confiance ni de transformation crédible.


Le secteur automobile n'échappe pas à cette évolution. En renonçant à l'abandon programmé des moteurs à combustion, l'Europe choisit de prolonger un modèle condamné plutôt que de donner à son industrie l'élan nécessaire pour devenir un leader dans les technologies du futur. Ce faisant, elle se laisse encore plus distancer par la Chine. Le véritable courage politique ne consiste pas à ralentir pour rassurer, mais à accélérer pour préparer l'avenir.


Ce qui manque aujourd'hui, c'est un changement de perspective. La transition n'est pas un coût : c'est un investissement. Pas une punition : une modernisation. Des solutions propres et rentables existent déjà. De même que de nouveaux modèles économiques, fondés sur l'efficacité, la performance et la création de valeur sans gaspillage de ressources. La finance peut être le levier, non pas pour freiner l'ambition, mais pour la rendre possible. Et ce faisant, gagner de nouveaux marchés.


En hésitant, l'Europe accroît sa vulnérabilité. En insistant sur le fait que l'action climatique est trop coûteuse, elle se prive de ce qui pourrait la rendre plus riche et plus forte. Le moment est venu de changer de discours : pas moins de durabilité pour survivre, mais plus d'ambition pour être libre. À l'heure où les frontières sont redessinées par la force et où l'énergie devient une arme, l'action climatique n'est pas une faiblesse européenne : c'est sa meilleure stratégie de survie.


Publié par Investir (Les Echos).

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