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Voyage au pays du bon sens
23/08 - 2018

Voyage au pays du bon sens

On trouve toujours normal d’avoir de l’air conditionné en fabriquant du froid, de l’électricité provenant d’un générateur au fioul, des cultures avec des engrais chimiques et des pesticides pour arroser le tout. Mais pas sur l’île de Tetiaroa en Polynésie française. Issue du rêve de Marlon Brando de construire un complexe hôtelier respectueux de l’environnement, le promoteur Richard Bailey et son équipe de la Tetiaroa Society ont appliqué les simples règles du bon sens. Facile, vous allez me dire, pour une île de vacanciers fortunés, mais la critique tombe à plat, puisque le système est entièrement conçu pour être à la fois propre et parfaitement rentable. Une fois de plus, on voit bien que ce qui est indispensable, c’est la philosophie initiale et la volonté inflexible de la mettre en œuvre.

Plutôt que de générer du froid à haut coût énergétique, l’île a recours aux basses températures des fonds marins. De l’eau à 5 degrés centigrades est pompée depuis 900 mètres de profondeur, passe par un échangeur thermique qui refroidit de l’eau douce circulant dans les bungalows et à travers laquelle passe l’air de la climatisation. Cela s’appelle le SWAC, le Sea Water Air Conditioning, et ne coûte en énergie que celle d’une pompe centrale et d’un ventilateur par bâtiment.

L’électricité de base est naturellement d’origine photovoltaïque et le surplus nécessaire est assuré par un générateur fonctionnant avec de l’huile de noix de coco produite localement. 

Les déchets organiques sont compostés et remplacent les engrais chimiques pour cultiver fruits et légumes.

Les eaux usées sont retraitées par les racines de plantes immergées dans des bacs de récupération et servent aux WC et à l’irrigation. L’eau potable n’est ainsi pas gaspillée dans des utilisations où sa pureté n’est pas nécessaire.

Les inévitables moustiques, eux, sont éliminés sans pesticides. L’Institut Louis Malardé de Tahiti a relâché 65'000 mâles traités avec une bactérie spéciale qui empêche les œufs fécondés d’éclore. A l’heure où l’Europe redoute l’arrivée des insectes vecteurs de maladies tropicales, ce procédé, plus efficace et rentable que la chimie, devrait avoir un avenir radieux.

Pendant quelques jours, j’ai vécu dans le présent, loin des systèmes démodés et archaïques que trop de gens trouvent encore normaux. Il n’existe que 2 SWAC identiques au monde. L’autre se trouve à l’hôtel Intercontinental de Bora Bora. Les calculs ont montré qu’il offre une économie de 85'000 euros d’électricité par mois, soit environ 1 million d’euros par année comparé à un système habituel. L’installation totale a coûté 4,5 millions. Connaissez-vous un meilleur retour sur investissement ? Sans même compter le gain en image et en certifications écologiques.

 

Toutes les villes bâties au bord d’une mer profonde pourraient en bénéficier. Et pour les autres, l’aéroport de Dallas-Fort Worth devrait servir d’exemple. De l’antigel est refroidi pendant la nuit avec le courant de base du secteur non utilisé et qui serait de toute façon perdu. Puis, pendant les heures de forte chaleur, de l’air circule au contact du liquide glacé pour climatiser les bâtiments. Inutile de préciser que cela a permis d’augmenter significativement les bénéfices de l’aéroport…

Où que je voyage, je vois partout des technologies et des procédés très simples et rentables qui peuvent assurer notre confort de vie de façon aussi logique qu’écologique. Je n’ai plus aucun doute que nous arriverons rapidement au but que je me suis fixé avec la Fondation Solar Impulse de labelliser 1000 solutions permettant à l’industrie de faire du profit tout en protégeant l’environnement.

Avec tout ce qu’on me fait découvrir, j’avoue que je suis de plus en plus révolté contre ceux qui détruisent notre planète, non par manque de solutions technologiques, mais par absence de vision et parfois même par incompétence. 

 
 
Cet article a été publié initialement sur le site de la Fondation Solar Impulse.
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