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L’aviation a besoin de pionniers climatiques
05/01 - 2020

L’aviation a besoin de pionniers climatiques

Les cinquante premières années de l’histoire de l’aviation ont été très riches en innovations disruptives. Nous sommes passés du Flyer des frères Wright au Boeing 707. Le demi-siècle suivant a certes permis l’optimisation en qualité, mais l’Airbus 340 le plus récent ressemble toujours au 707. Alors, face aux défis environnementaux, comment reprendre la voie de la disruption ?

Aujourd’hui, l’aviation est devenue un bouc émissaire du changement climatique. Même si de nombreuses autres industries émettent davantage de CO2, le phénomène du « flygskam », ou honte de prendre l’avion, traduit le malaise d’une génération face au secteur aérien. Alors que celui-ci compte aujourd’hui pour 2 à 3 % du total des émissions de gaz à effet de serre, les compagnies aériennes sont accusées de tous les maux et doivent accélérer leurs engagements et mieux les communiquer.

 

Il ne faut pas oublier que l’aviation est l’une des plus fantastiques avancées technologiques dans l’histoire de l’humanité. Au-delà de son rôle fondamental dans les échanges économiques et des millions d’emplois créés, l’avènement de l’aéronautique a eu des bénéfices majeurs sur notre ouverture au monde et nos échanges culturels. En 2018, ce sont 4,3 milliards de passagers qui ont voyagé dans les airs.

Voler de manière responsable, avec un minimum d’impact négatif sur l’environnement, semble hors de portée pour beaucoup. Pourrait-on concilier l’une des plus formidables innovations de notre époque avec l’impératif écologique ? Nous en sommes profondément convaincus, mais cela nécessite de changer quelques paradigmes. En 2003, lors du lancement du projet Solar Impulse, les spécialistes du domaine pensaient que c’était impossible. Selon eux, le Soleil ne donnerait pas assez d’énergie. Qu’à cela ne tienne, le prototype Solar Impulse était tellement efficient qu’il pouvait se contenter de l’énergie qu’il recevait de jour, pour voler vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Le message de Solar Impulse était clair : les technologies propres permettent d’accomplir l’impossible.

Afin de s’attaquer de front au sujet de son empreinte carbone, le secteur aérien doit tout entier puiser dans la longue tradition d’innovation qui a fait son succès. En utilisant pleinement le potentiel qu’offrent de nouvelles solutions technologiques et opérationnelles, nous pouvons tous relever ce défi, agir ensemble sans délai, sans attendre d’y être contraints.

Sur le plan opérationnel, nous avons un urgent besoin d’accélérer le projet de ciel unique européen, que nous attendons depuis trop longtemps pour adopter des routes plus directes. Nous disposons désormais de logiciels permettant d’analyser les plans de vol des pilotes afin de leur donner des recommandations et réaliser jusqu’à 5 % d’économies de carburant. Il faut aussi généraliser la pratique de l’écopilotage qui permet des économies de carburant importantes en vol, avec par exemple la descente en approche continue, mais aussi au sol, le roulage avec moteur coupé permettant d’économiser jusqu’à 700 kg de carburant.

Au niveau technologique, les changements se profilent. Les constructeurs travaillent sur des programmes d’avions électriques. Des biplaces et des quadriplaces existent déjà, et nous en verrons bien davantage dans le futur. L’hybridation est aussi prometteuse : une turbine tournant à son rendement optimal pour produire l’électricité des moteurs serait presque deux fois moins gourmande en kérosène que les réacteurs actuels.

Sur les long-courriers, l’utilisation de 100 % de biocarburant serait techniquement possible, mais sera confrontée à des enjeux de disponibilité et à l’absence de filière, notamment en France, et de politiques incitatives de la part des Etats. En attendant l’hydrogène ?

Le temps que toutes ces nouveautés soient mises en place, la compensation est une solution transitoire pertinente… nettement mieux que rien.

Ce sont là quelques exemples, mais il en existe beaucoup d’autres, que nous devons encore identifier et implémenter à grande échelle. C’est précisément l’objectif du partenariat annoncé entre la Fondation Solar Impulse, qui a pour objectif de sélectionner et labelliser des technologies rentables pour protéger l’environnement, et Air France. Nous lançons ensemble un appel à solutions et collaborons pour sélectionner les réponses qui permettront au secteur aérien d’atteindre ses objectifs environnementaux.

Air France a récemment annoncé son intention de réduire de 50 % ses émissions de CO2 par passager/km d’ici à 2030, de 50 % ses déchets non recyclés, et de poursuivre la réduction de son empreinte sonore. Elle a aussi annoncé sa décision de compenser entièrement les émissions de CO2 de ses vols domestiques dès 2020, créant ainsi une dynamique auprès d’autres compagnies. Les compagnies aériennes qui ont décidé d’agir concrètement pour réduire leur impact plutôt que de résister au changement montrent ainsi qu’elles sont à la hauteur du défi climatique et renouvellent l’esprit d’innovation dont ont fait preuve les premiers pionniers de l’histoire.

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