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Existe-t-il un avenir propre pour nos villes ?
17/10 - 2016

Existe-t-il un avenir propre pour nos villes ?

Les villes du futur seront grandes, car rien ne pourra limiter leur expansion. Nous pourrons néanmoins les rendre propres si nous réalisons suffisamment vite que l'efficacité énergétique représente un nouveau marché international, une nouvelle révolution industrielle capable de favoriser le développement durable et la croissance économique.

Il suffit d'observer les bâtiments d'une cinquantaine étages qui poussent comme des champignons dans les pays émergents pour comprendre qu'une croissance inverse n'est pas possible. Rien n'arrêtera la progression des villes tentaculaires, même en sachant que l'homme menace ainsi la planète et qu'il se met lui-même en danger.

 

 

Le monde est en train de connaître la plus importante phase de croissance urbaine de toute l'histoire. Près de la moitié de la population mondiale, soit 3,5 milliards de personnes, vit aujourd'hui en ville, et ce nombre devrait doubler d'ici 2050. Bien que les villes actuelles ne couvrent que 2 % de la surface totale du globe, elles représentent également :

  • - 70 % des émissions de gaz à effet de serre ;
  • - 70 % des déchets mondiaux ;
  • - plus de 60 % de la consommation d'énergie totale ;
  • - et 70 % de l'économie globale (PIB). 

Or, la conscience d'un changement climatique à long terme et de l'épuisement des ressources naturelles se fait devancer par une menace bien plus immédiate : les troubles sociaux qui risquent d'éclater si les gouvernements ne fournissent pas assez vite des infrastructures pour sortir les gens de la pauvreté.

Nulle part ailleurs la hausse des inégalités n'est aussi visible que dans les villes, où les communautés aisées côtoient les quartiers pauvres. Le pouvoir d'achat et les besoins croissants des citadins pèsent non seulement lourd sur les terres, les eaux et le climat planétaires, ils contrastent aussi nettement avec de fortes concentrations de pauvreté.

Néanmoins, et aussi surprenant que cela paraisse, l'exode rurale fait augmenter la richesse moyenne dans la plupart des pays du globe. D'après certaines observations, les personnes qui migrent en ville parviendraient à grimper au sommet de l'échelle sociale en seulement deux générations. Toutefois, cela exige plus d'engagement de la part des gouvernements et des autorités locales, qui doivent investir dans des infrastructures nouvelles en construisant notamment des millions de logements.

Le défi actuel consiste à changer la manière de construire ces habitations. Nous pourrions bâtir des gratte-ciels en utilisant des matériaux isolants largement améliorés, des systèmes intelligents de stockage et de gestion électriques, de même que des installations efficaces d'éclairage, de chauffage et de refroidissement. Ces technologies permettraient aux bâtiments d'économiser jusqu'à 80 % de leur consommation d'énergie et de produire le reste grâce à des sources renouvelables.

Même si elles s'appliquent aux nouvelles constructions, ces technologies propres et modernes pourraient également servir à rénover des bâtiments existants, ce qui génèrerait des millions d'emplois tout en étant très rentable.

Par conséquent, si les modèles traditionnels de développement urbains peuvent nous faire subir le poids de l'encombrement, de l'étalement et de l'utilisation inefficace des ressources, un développement efficace et bien planifié des villes pourra offrir une meilleure qualité de vie aux citoyens.

Le fait est que les villes actuelles ont, en tant que vecteurs de changement et de développement, la capacité d'inaugurer une nouvelle ère synonyme de bien-être, d'efficacité des ressources et de croissance économique.

Voilà pourquoi nous devons changer la manière dont nous abordons les problèmes de développement, et plus particulièrement des problèmes environnementaux. Les défis du 21e siècle tels que la croissance urbaine pourront uniquement être résolus si nous les traitons d'un point de vue « logique » et non « éco-logique ». 

Parlons donc de solutions existantes plutôt que de problèmes abstraits. Pour joindre le geste à la parole, nous devons demander à nos dirigeants d'établir un cadre légal qui impose de nouvelles solutions en remplaçant des systèmes anciens et inefficaces par des technologies propres et modernes. Sinon, rien ne changera en raison des vielles habitudes et des mentalités conservatrices.

Fort heureusement, un mouvement positif axé sur des solutions est déjà en train de suivre son cours dans les forums mondiaux. Habitat III, qui se tient cette semaine à Quito, est le premier sommet que l'ONU organise autour de l'urbanisation depuis l'adoption de l'Agenda 2030 pour le développement durable.

 

 

Si cette conférence offre une occasion unique de discuter des problèmes quant à la façon dont l'urbanisation peut concrétiser les Objectifs de développement durable et les Accords de Paris sur le changement climatique, elle propose aussi l'adoption d'un Nouveau programme urbain comme feuille de route pour les 20 années à venir.

Dans tout le secteur du développement durable, on voit des villes – plus précisément des autorités locales –, prendre les devants en se fixant des objectifs plus ambitieux que leur gouvernement en matière d'émissions de gaz à effet de serre. Parmi ces objectifs figure l'Initiative C40, qui en est actuellement à sa dixième année. Ce projet relie environ 80 des plus grandes villes du monde, ce qui représente plus de 600 millions de personnes et un quart de l'économie globale. 

Nous devons soutenir ce nouvel élan et mettre en avant les avantages de l'efficacité énergétique plutôt que les coûts liés à la protection environnementale. Ce faisant, nous attirerons non plus des donateurs résignés mais des investisseurs en quêtes d'opportunités de profit.

Prouvons qu'une transition vers les énergies propres ne servira pas seulement les générations futures mais également la nôtre, et ce à tous les niveaux de la chaîne, soit du producteur au consommateur en passant par les politiciens qui les soutiennent.

Les villes du futur seront grandes, car rien ne pourra limiter leur expansion. Nous pourrons néanmoins les rendre propres si nous réalisons suffisamment vite que l'efficacité énergétique représente un nouveau marché international, une nouvelle révolution industrielle capable de favoriser le développement durable et la croissance économique. 

Bertrand Piccard

Initiateur, président et pilote de Solar Impulse

Blog publié en partenariat avec Caran d'Ache

 

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