fr | en
A l’origine, un rêve considéré comme impossible. Le public et les médias y virent la dernière grande aventure du siècle: réaliser le vol ultime, le tour complet de la terre, sans moteur et sans gouvernail, simplement poussé par les vents. Plusieurs milliardaires comme Richard Branson et Steve Fossett s’y lancèrent sans succès. Après deux échecs, Bertrand Piccard, accompagné cette fois par l’anglais Brian Jones, réussit en mars 1999 le premier tour du monde en ballon sans escale. Leur Breitling Orbiter 3 accomplit du même coup le vol le plus long en distance et en durée de toute l’histoire de l’aviation, empochant au passage 7 records du monde. La cabine est désormais exposée au Smithsonian Air and Space Museum de Washington, aux côtés de la capsule d’Apollo 11 et des avions de Lindbergh, de Chuck Yeager et des Frères Wright.

Un déFi AUx MULtiPLeS FACetteS

Il y a de multiples façons de présenter le premier tour du monde en ballon sans escale du Breitling Orbiter 3 : le côté philosophique où le rêve et la persévérance permettent de réaliser l’impossible; l’écriture d’une nouvelle page d’histoire; l’aventure humaine, en utilisant la force du vent pour voler plus longtemps, plus loin, que quiconque auparavant; le développement technologique d’un ballon capable de tenir l’air trois semaines, sans oublier le côté sportif, avec des records du monde à la clé. C’est l’ensemble de ces différentes facettes qui ont enthousiasmé Bertrand. Elles contiennent tous les ingrédients d’une grande épopée, et en expliquent à la fois l’intérêt et le succès.
Les pôles, les continents, les montagnes, l’espace et les abysses avaient été explorés, mais le ballon, bien qu’inventé en 1783, n’avait pas encore fait le tour de la terre ! Ce rêve à la Jules Verne, ébauché par de nombreux aéronautes (la première tentative date de 1981) devint une véritable compétition au début des années 90. La Fédération Aéronautique Internationale en édicta les règles : faire un vol de plus de 25’000 km qui franchirait tous les méridiens, en restant à l’extérieur de deux calottes de 3’335,85 km de rayon posées chacune sur un pôle.
L’aventure devait prendre également des allures de défi technologique. Au moment où Bertrand commençait à mettre sur pied le projet Breitling Orbiter, le ballon qui avait volé le plus longtemps n’avait tenu l’air que 6 jours, alors que les météorologues recommandaient une autonomie de 3 semaines. Il fallait construire une enveloppe monstrueuse, haute de 55 mètres, recouverte d’une couche d’isolation thermique, ainsi qu’une cabine pressurisée permettant à un équipage de survivre à des altitudes de 10 000 à 12 000 mètres où soufflent les jet-streams.
Durant plusieurs années, de nombreux concurrents se lancèrent dans des recherches approfondies et vécurent des échecs cuisants : les ballons Jules Verne de Max Anderson, Earthwind de Larry Newman, Virgin Global Challenger de Richard Branson, Breitling Orbiter de Bertrand Piccard, Solo Spirit de Steve Fossett, J-Renée de Kevin Uliassi, Global Hilton de Dick Rutan, Cable and Wireless d’Andy Elson, pour ne mentionner que ceux qui ont réussi à décoller. Si c’était facile, tout le monde l’aurait déjà fait !
Un autre aspect fascinait Bertrand : le côté symbolique de cette expérience. L’évolution de la science avait permis des bonds prodigieux depuis 200 ans, mais la plupart des inventions devaient permettre à l’homme de mieux contrôler les forces de la nature. Dans le cas du ballon, les pilotes s’en remettent aux éléments en acceptant de se laisser pousser par les courants aériens. Il faut bien comprendre qu’un ballon est transporté par le vent, à la même vitesse et dans la même direction que celui-ci. La technologie, ici, a comme seul but de comprendre l’atmosphère, mieux jouer avec elle, en résumé, conclure une alliance avec la Nature.

© Archives Piccard
© Archives Piccard

«Franchir le grand océan portés par le vent, quoi de plus merveilleux, de plus précaire, de plus sophistiqué? Ici s’accordent la poésie et la technologie... Dans la pérennité de son grand-père et de son père, Bertrand Piccard a su ajouter à la saga de cette grande famille une page aussi splendide qu’émouvante.»

Nicolas Hulot

L’ePOPée BReitLing ORBiteR 1, 2 et 3

12 janvier 1997 : Bertrand annonce un vol de 15 jours dans les jets streams : après 6 heures de vol seulement, sa capsule flotte misérablement en Méditerranée ! Une fuite massive de carburant l’a obligé, lui et son coéquipier Wim Verstraeten, à effectuer un amerrissage d’urgence en raison du risque d’explosion. Février 1998 : Deuxième tentative du Breitling Orbiter. Après neuf jours de vol, nouvelle désillusion mais record du monde absolu de durée: le détour causé par l’interdiction de survoler la Chine a forcé Bertrand et ses 2 coéquipiers Andy Elson et Wim Verstraeten à se poser en Birmanie. Fin de l’hiver 1999, tous les concurrents ont échoué. Bertrand, accompagné cette fois de l’anglais Brian Jones, décolle le 1er mars 1999 du village suisse de Château- d’Oex, à bord du Breitling Orbiter 3.

La première difficulté consiste à descendre en dessous du 26ième parallèle pour respecter les restrictions chinoises. Soit pour les deux magiciens de la météorologie, Luc Trullemans et Pierre Eckert, essayer de faire passer un fil à travers le trou d’une aiguille à 15’000 kilomètres de distance ! Ce fût un succès. Un tour du monde est aussi un tour des pays, des hommes et des politiques régionales. Les contrôleurs aériens et les diplomates suisses sont en permanence mis à contribution pour ouvrir la voie à travers l’Egypte, le Yémen, l’Inde, la Chine et le Japon. 11 jours pour arriver au Pacifique, concentrés à 100% pour maintenir au mètre près les altitudes calculées par les météorologues, naviguant parfois dans les jet streams mais souvent dans des vents beaucoup plus lents, jouant avec des zones de basse pression sur la Méditerranée et de haute pression sur l’Inde. Les choix stratégiques sont souvent douloureux. Vaut-il mieux voler vers le Nord dans des vents rapides ou plus au sud dans des vents lents ? A l’approche du Pacifique, la question se pose de façon d’autant plus douloureuse que la route sud rajoute 4000 kilomètres au trajet ! C’est pourtant cette option que les météorologues proposent, en raison de tempêtes sévissant au Nord. Dans des vents de 30 km/heure, entourés de nuages d’orages, coupés du centre de contrôle par des problèmes d’antenne satellite, Bertrand et Brian regardent, impuissants, leurs chances de réussir et leurs réserves de propane diminuer. Cet océan immense leur fait regretter la splendeur rassurante des déserts africains et des étendues indiennes que le ballon a survolés. Après six jours angoissants, le pari des météorologues se révèle payant. Le ballon entre enfin dans un puissant jet stream qui l’amène à 180 km/heure vers le Mexique. Mais la vitesse s’écroule encore une fois, et le jet stream éjecte les pilotes en direction du Venezuela, comme il a éjecté Richard Branson quelques mois plus tôt, le contraignant à amerrir au sud d’Hawaï. En désespoir de cause, pour trouver de meilleurs vents à l’approche des Caraïbes, Bertrand tente un dernier coup de poker : dépenser une énorme quantité de propane pour monter aussi haut que possible. Là, à 10’500 mètres, les courants le remettent miraculeusement dans la bonne direction ! Mais il reste encore 10’000 kilomètres à parcourir, soit le quart du tour, avec le dernier huitième des réserves de gaz. Seule solution pour réussir : que la vitesse du vent quadruple, et c’est précisément ce qui arriva ! Le 20 mars, Bertrand et Brian franchissent à 200km/h le dernier méridien de leur rêve et atterrissent le lendemain en Egypte et dans les livres d’histoire, avec le vol le plus long en distance et en durée de toute l’aviation. Mais plus important encore que leurs 7 records du monde, ils reviennent avec la sensation d’avoir noué avec la planète une relation différente, plus intime et plus respectueuse. Considéré comme la dernière aventure du 20ième siècle, le tour du monde en ballon laisse entrevoir l’importance d’une nouvelle alliance entre l’homme, la technologie et la nature.

© Archives Piccard © Archives Piccard

DR

Les pôles, les continents, les montagnes, l’espace et les abysses avaient été explorés, mais le ballon, bien qu’inventé en 1783, n’avait pas encore fait le tour de la terre ! Ce rêve à la Jules Verne, ébauché par de nombreux aéronautes (la première tentative date de 1981) devint une véritable compétition au début des années 90.

DR

DR

Comme le ballon, l’être humain doit changer d’altitude, s’il veut changer de trajectoire dans les vents de la vie.

Bertrand Piccard

© Breitling

11 jours pour arriver au Pacifique, concentrés à 100% pour maintenir au mètre près les altitudes calculées par les météorologues, naviguant parfois dans les jet streams mais souvent dans des vents beaucoup plus lents, jouant avec des zones de basse pression sur la Méditerranée et de haute pression sur l’Inde.

© Archives Piccard

En désespoir de cause, pour trouver de meilleurs vents à l’approche des Caraïbes, Bertrand tente un dernier coup de poker: dépenser une énorme quantité de propane pour monter aussi haut que possible. Là, à 10’500 mètres, les courants le remettent miraculeusement dans la bonne direction ! Mais il reste encore 10’000 kilomètres à parcourir, soit le quart du tour, avec le dernier huitième des réserves de gaz. Seule solution pour réussir : que la vitesse du vent quadruple, et c’est précisément ce qui arriva !

© Archives Piccard © Archives Piccard
© Archives Piccard © Archives Piccard

Le SUCCèS dU tOUR dU MOnde

Le Breitling Orbiter 3 trouve sa place définitive dans le hall principal du prestigieux Smithsonian Air and Space Museum de Washington, à côté de la capsule d’Apollo 11 et des avions légendaires des Frères Wright, de Charles Lindbergh et de Chuck Yeager.
Les pilotes sont fêtés dans le monde entier et honorés par plusieurs rois et chefs d’états. Bertrand reçoit la Légion d’Honneur, l’Ordre Olympique, la Médaille de Jeunesse et Sport et la Médaille de l’Aéronautique, ainsi que les plus hautes distinctions de la Fédération Aéronautique Internationale, de la National Geographic Society, de l’Explorers Club, de l’American Academy of Achievement, et de multiples associations aéronautiques, scientifiques et sportives. Nommé professeur honoraire et Docteur ès Sciences et ès Lettres Honoris Causa, Bertrand recevra aussi le Grand Prix de l’Académie des Sciences Morales et Politiques et sera choisi comme Ambassadeur Itinérant des Nations Unies (FNUAP). Il fait son entrée dans le Larousse en compagnie de son grand-père et de son père.
Avec sa double identité de médecin et d’explorateur, Bertrand devient un conférencier très demandé. Sa vision, son parcours, son héritage à la fois scientifique et humaniste, intéressent autant les grandes entreprises que les institutions internationales.

Les deux pilotes et leur partenaire Breitling concrétisent la promesse faite à l’atterrissage: dédier leur victoire aux enfants du monde et lutter contre des souffrances négligées. Ils créent la Fondation «Winds of Hope», et utilisent leur notoriété pour s’engager dans la lutte contre le Noma, une maladie qui mutile atrocement le visage de centaines de milliers d’enfants dans les régions les plus pauvres d’Afrique et d’Asie.

© Archives Piccard

© Archives Piccard / Breitling

«Un ballon qui prend son envol dans le ciel glacial de l’hiver, un ballon qui s’élève, par-delà les montagnes, et puis qui disparaît. Nous étions tous des enfants, à regarder Piccard et son compagnon s’élever dans les airs, chercher les vents, prétendre au tour du monde. Simple comme le rêve d’Icare. Comme une page de Jules Verne. Comme une étoffe de folie, volatile, élégante, accrochée à nos haillons de pesanteur. L’aventure de Piccard n’est pas une aventure technique. Je veux dire: pas seulement. Elle est, en premier lieu, d’ordre spirituel. Piccard n’est pas un Passepartout, ni même un Philéas Fogg. Il est Saint-Exupéry survolant le désert. Son regard sur le monde est celui du Petit Prince. À partir de là, il réussira ou non. J’ai envie de dire que c’est accessoire. Contrairement aux Terriens que nous sommes, il sera au moins allé voir. Les hommes ne sont pas mes semblables, dit un héros de Malraux. Ils sont ceux qui me regardent et qui me jugent. Mes sembla- bles, ce sont ceux qui m’aiment et ne me regardent pas. On aimerait saluer Piccard comme l’écharpe de Tchang, perdue dans les rochers, qui appelle le héros d’Hergé à une quête d’absolu. Non pour l’aventure en soi, mais pour la fraternité des hommes. À Bertrand Piccard, il faut souhaiter bon vent. Souhaiter, dans tous les sens, que le Ciel soit avec lui. »

Pascal Décaillet

© Chas Breton © Archives Piccard
DR DR
© Archives Piccard

Pays survolés: Suisse, Italie, France, Monaco, Espagne, Maroc, Mauritanie, Mali, Algérie, Libye, Egypte, Soudan, Arabie Saoudite, Yemen, Oman, Inde, Bangladesh, Myanmar, République Populaire de Chine, Taiwan, Japon, Mexique, Guatemala, Belize, Honduras, Jamaïque, Haïti, République Dominicaine, Puerto Rico, Mauritanie, Mali, Algérie, Libye, Egypte.
Atterrissage le 21 mars 1999 à Dakhla ( Egypte) Distance totale: 45,633.791 km Distance ratified by the FAI :40’813,851 km - absolute world record Temps de vol total :19 jours 21 heures 47 minutes (477 h 47) record du monde absolu
Durée du tour du monde proprement dit (mesuré par la FAI Egypte- Egypte) :15 jours 10 heures 24 minutes
Altitude maximale atteinte:11’737 mètres record du monde par catégorie

© Breitling © Breitling

© Burki

LES 3 TENTATIVES ILLUSTREES PAR DES DESSINATEURS
Breitling Orbiter 1

12 Janvier 1997: atterrissage forcé dans la Méditerranée six heures après l'envol suite à une fuite de carburant.

© Archives Piccard
© Burki © Le Chat
DR DR
Breitling Orbiter 2

28 Janvier - 7 Février 1998: record mondial absolu d'endurance pour toutes les catégories de vol. Atterrissage en Birmanie en raison d'une interdiction de survoler la Chine. Distance: 8,473 km - Temps de vol: 233h55.

© Archives Piccard
DR © Burki
© Burki DR
Breitling Orbiter 3

1er Mars - 21 Mars 1999: Premier tour du monde en ballon sans escale. Plus long vol dans l'histoire de l'aviation en distance et durée. Décollage le 1er Mars 1999 depuis le Château-d’Oex (Alpes Suisses).

© Archives Piccard
© Mix & Remix © Burki
© Burki © Burki
video
video
video
video
video

HELVETICUS: BERTRAND PICCARD ET SON TOUR DU MONDE EN BALLON

Helveticus est une série d’animation qui raconte aux enfants l'histoire de la Suisse et de ses héros. Cet épisode retrace les aventures de la famille Piccard, et explique l'exploit que Bertrand Piccard a réalisé en effectuant son tour du monde en ballon.

- medias -

articles

wind-surfers
WIND SURFERS
wind-surfers
a-record
a record

setting flight

a-record
triumphant-balloonists
triumphant balloonists

plucked fRom deseRt

triumphant-balloonists
im-ballon
im ballon

um die welt

im-ballon
balloonist-bask
balloonist bask

on cloud nine

balloonist-bask
autour-de-la-terre
autour de la terre
autour-de-la-terre
ballon-history
ballon history,

and in only 20 days

ballon-history
atterrissage
atterrissage

en douceur

atterrissage
around-the-world
around the world!
around-the-world
^