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Trance Pacifique
08/05 - 2016

Trance Pacifique

J'ai toujours les images du Pacifique devant les yeux, et j'espère qu'elles y resteront longtemps.

La côte ouest de l'ile d'Oahu m'accompagne encore sur ma droite. C'est là que j'ai dérobé quelques heures au temps de ma préparation pour m'asseoir avec Michèle face à l'océan et rêver du futur. Un peu plus loin, l'horizon me cache l'ile de Maui où repose Charles Lindbergh. A ses yeux, le plus bel endroit du monde.

Rapidement, devant moi, le Pacifique dans toute sa splendeur. Une étendue démesurée que je m'apprête à cotoyer pendant 3 jours et 2 nuits. Je retrouve la même impression d'immensité que pendant mon tour du monde en ballon, sauf que cette fois-ci je suis seul à bord. Seul dans un cockpit minuscule accroché à mes ailes d'albatros.

Sur la gauche de ma trajectoire, le soleil se couche pour la première fois, au moment où la pleine lune se lève de l'autre côté. Entre les petits nuages dispercés en-dessous de moi, ses reflets caressent la surface noire de l'océan. Je suis moins seul que je ne le redoutais. A des milliers de kilomètres de la côte californienne, de nuit, à 2000 mètres d'altitude, je ne me suis jamais senti aussi bien, aussi confiant et serein. Je me surprends à ne pas ressentir l'ombre d'une inquiétude. C'est ça, le monde que j'aime, ce monde de l'exploration, fait de performance, de concentration, de conscience de l'instant et de respect pour ce qui m'entoure.

J'avance comme dans un rêve. Les éléments m'accompagnent paisiblement. Le cours du temps a disparu. Je pourrais rester là éternellement, entre soleil et nuages, entre lune et océan, dans cet avion révolutionnaire qui me porte en silence.

Cela pourrait être de la science fiction, comme je l'explique par téléphone satellite au Secrétaire Général des Nations Unies où se signe au même instant l'accord de Paris sur le climat. Mais c'est simplement la réalité, rendue possible par les technologies propres. Elles seront un jour banales, évidentes. Aujourd'hui elle m'émerveillent, et j'espère qu'elles émerveillent aussi les chefs d'état qui m'écoutent à des milliers de kilomètres de là. C'est à elles que je dois ce moment. A elles et à l'extraodinaire équipe qui rend possible cette aventure, jour après jour, depuis des années. Sans oublier mon Ange Gardien. C'était mon rêve en lançant ce projet : utiliser la force de ce symbole pour faire passer un message et influencer les dirigeants de ce monde.

Les souvenirs de chaque journée, de chaque nuit, s'incrustent profondément. Avec ma deuxième nuit consécutive dans le même vol, je rejoins Dick Rutan, Steve Fossett et André Borschberg. Les autres, tous les autres, depuis 1903, ont dû atterrir avant pour refaire le plein de carburant.

Lorsque la côte américaine se dessine au loin, elle ne suscite en moi aucune euphorie, juste un léger soulagement. Je n'ai pas envie que le voyage s'arrête. Lentement, très lentement, je survole le Golden Gate. C'est le pont qui a vu arriver pendant des décénies des vagues d'immigrants venus chercher une terre de liberté. Aujourd'hui, c'est un avion solaire qui le franchit, et la liberté n'est plus un pays mais une source d'énergie inépuisable et gratuite.

Je retrouve André qui m'accueille au-dessus de la baie de San Francisco, que je survole encore pendant 3 heures. Lorsque la nuit tombe, je dois prendre la direction de la Silicon Valley pour y atterrir. Mes roues touchent le sol, mais pas moi. Je me vois sortir du cockpit tout y restant, remercier l'équipe et saluer la foule en ne voyant que les reflets de l'océan. Je n'ai pas atterri.

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