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13/12 - 2015

Le premier jour d'une nouvelle ère ?

En me levant ce matin, je me suis pris à espérer que l'accord de la COP21 puisse vraiment changer quelque chose au monde égoïste et myope dans lequel nous vivons. 195 pays qui se mettent d'accord autour de mesures ambitieuses pour préserver la planète, et surtout l'humanité, ce n'est pas rien. Remplacer les vieux systèmes polluants et inefficients par des technologies modernes et propres; cesser de bruler du pétrole dans des moteurs et des chauffages; devenir simplement "logique" et pas seulement "écologique".

 

Nous avons vécu à Paris chaque frémissement de ce traité, dans les coulisses de la COP21. Huit membres de Solar Impulse ont passé les 2 semaines, avec des centaines d'autres spécialistes, à œuvrer pour motiver les négociateurs dans la voie d'une décision historique, à informer les médias, à prouver que les solutions existent et qu'elles sont devenues rentables. Aujourd'hui, nous sommes tous profondément heureux. Le leadership de Laurent Fabius et Christiana Figueres a été exceptionnel. Bravo au Gouvernement français et aux Nations Unies, de la part de toute l'équipe de Solar Impulse !

 

Au-delà du soulagement, il y a aussi l'espoir que la mise en œuvre de ces mesures se fassent rapidement et complètement. De quoi s'agit-il en bref ?

 

Le texte prévoit de maintenir le réchauffement d’ici à 2100 "bien en dessous de 2°C par rapport aux niveaux pré-industriels" et de "poursuivre les efforts pour limiter la hausse des températures à 1,5°C”.

 

Les étapes intermédiaires sont plus floues : atteindre "un pic des émissions mondiales de gaz à effet serre dès que possible", et, dans la seconde moitié du XXIe siècle, parvenir à un "équilibre" entre les émissions et leur absorption par des puits de carbone. Rappelons que le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) juge nécessaire de baisser de 40 % à 70 % les émissions mondiales d’ici à 2050, pour éviter un emballement climatique incontrôlable.

 

Le principe des "responsabilités communes mais différenciées" des pays face au changement climatique, point de divergence majeur entre pays développés et en développement, est reconnu et distillé dans plusieurs articles.

 

Les 100 milliards de dollars par an, promis par les pays développés aux pays en développement d'ici à 2020 pour réduire leurs émissions et s'adapter aux impacts du réchauffement, sont une somme "plancher", appelée donc à être relevée. Un nouvel objectif chiffré d'aide financière doit être établi avant 2025.

 

L'importance des pertes et dommages, chères aux pays les plus vulnérables face au changement climatique, est reconnue, mais de façon très générale, et sans prévoir de "compensation" des pays développés.

 

Tous les 5 ans, les engagements nationaux de réduction des émissions de gaz à effet de serre seront révisés à la hausse.

 

L’accord entrera en vigueur en 2020. Mais tout pays pourra s'en retirer à partir de 3 ans après son entrée en vigueur.

 

Les parties devront prendre en considération les droits de l’homme lorsqu'ils mettront en place des mesures contre le changement climatique.

 

Le texte reconnait la necessité de promouvoir l’accès universel à l'énergie durable dans pays en développement, en particulier en Afrique, par le déploiement des énergies renouvelables.

 

Comme quoi l'esprit de pionnier peut aussi souffler dans le monde politique et juridique…

 

Bertrand Piccard

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