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Le Maroc, un ambassadeur de l'énergie pour les économies émergentes
02/12 - 2016

Le Maroc, un ambassadeur de l'énergie pour les économies émergentes

Le Maroc est un exemple concret pour les pays émergents que la lutte contre le changement climatique n'est pas nécessairement un problème coûteux, nécessitant des sacrifices financiers et comportementaux, mais plutôt une occasion unique de créer des emplois et de générer des profits. Sa stratégie en matière d'énergies renouvelables est l'une des plus ambitieuses du monde et son engagement dans la réduction des émissions de gaz à effet de serre est en passe de franchir un cap. 

Le Royaume du Maroc avait toute la crédibilité pour accueillir la COP22, avec de nombreuses initiatives lancées en faveur de l'environnement, ainsi qu'un engagement et des efforts importants déployés par des personnalités marocaines phares comme Salaheddine Mezouar, Ministre des affaires étrangères marocain et Président de la COP22, et Hakima El Haite, actuelle Ministre déléguée chargée de l'Environnement et “championne du climat”. Cette conférence, sous la direction de Patricia Espinoza de la CCNUCC, n'a pas seulement impliqué les gouvernements mais également d'autres acteurs tels que les entreprises, les villes et les ONG, qui ont également un rôle crucial à jouer dans la mise en œuvre de l'Accord de Paris.

En marge de l'événement principal, de nombreuses initiatives ont été lancées. Pour n'en citer qu'une, l'Agence Marocaine pour l'Efficacité Énergétique (AMEE), sur l'impulsion de son Directeur général, Said Mouline, et de sa Secrétaire générale, Sonia Mezzour, s'est engagée à développer l'efficacité énergétique sur le continent africain. Ce type d'accord s'inscrit dans la coopération Sud-Sud destinée à aider les pays à réduire leur facture énergétique. Soit dit en passant, les gouvernements européens devraient comprendre qu'investir en Afrique subsaharienne leur coûterait moins cher que d'accueillir des millions de migrants tentant d'échapper à la pauvreté en traversant la Méditerranée...

À la différence de certains de ses voisins de la région, le Maroc ne possède quasiment pas de ressources fossiles identifiées et dépend fortement des importations, plus de 90 % de l'énergie utilisée provenant de l'étranger. Ces dernières années, le pays a connu une croissance soutenue de sa demande en énergie, stimulée par le développement économique et la hausse du niveau de vie. Pour y faire face, Sa Majesté le Roi Mohammed VI a dévoilé une stratégie énergétique ambitieuse, axée sur les solutions technologiques, et dont l'objectif sera de hisser à 42 % d'ici à 2020, puis à 52 % d'ici à 2030, la part totale des énergies renouvelables pour répondre à la demande énergétique du pays, avec des capacités de production équivalentes pour les installations solaires, éoliennes ou hydroélectriques. Allant plus loin encore dans son programme, il s'est récemment engagé à produire 100 % de son énergie domestique à partir de ressources renouvelables aussi vite que possible. Il convient de noter qu'il y a dix ans, une société de consulting très connue a tenté de décourager le Roi de s'engager dans ce sens, affirmant que cela ne serait jamais rentable. En réalité, la production des énergies solaire et éolienne coûte moins cher que celle des énergies fossiles !

Pendant que de nombreux pays discutent de la mise en œuvre de technologies propres et d'énergies renouvelables pour atteindre leurs objectifs environnementaux, le Maroc applique déjà des solutions concrètes, se donnant les moyens d'atteindre ses objectifs. Par exemple, NOOR 1 – la première phase de la plus grande centrale solaire thermique du monde – a été inaugurée en février dernier. En tant que parrains, André Borschberg et moi étions présents lors du lancement de sa construction en 2012. À cette occasion, nous avions apporté de Suisse la première cellule solaire de Solar Impulse 1 pour l'offrir symboliquement à Mustapha Bakkoury, Président de l'Agence marocaine pour les énergies renouvelables (MASEN).

À peine quatre ans plus tard, alors que nous concrétisions notre rêve d'un avenir propre dans les airs avec Solar Impulse 2 (Si2), Mohamed VI faisait de sa vision une réalité sur la terre ferme à Ouarzazate. Et ce n'est là qu'un début. Les phases suivantes du projet – NOOR 2, 3 et 4 – permettront d'atteindre une capacité de stockage de huit heures (contre trois actuellement), emmagasinant suffisamment d'énergie pendant la journée pour produire de l'électricité la nuit. Puisque – comme dans le cas de Si2 – les moments où nous avons besoin d'énergie ne correspondent pas nécessairement à ceux où nous la produisons, il faut trouver des moyens efficaces de stocker et de gérer l'énergie produite à partir de sources renouvelables intermittentes. Il en va ainsi pour les installations solaires (PV et thermales), mais également pour les installations éoliennes, hydroélectriques et autres.

Au Maroc, le secteur de l'énergie éolienne est aussi un marché porteur, attirant des investissements massifs. La première usine de pales du Moyen-Orient et d'Afrique, en cours de construction, en est un brillant exemple. Financée à hauteur de plusieurs millions de dollars par des acteurs majeurs, elle produira des pales d'éoliennes de 63 mètres de long. Une fois terminé et pleinement opérationnel, le site de production devrait employer 650 personnes. Ainsi, le projet créera des emplois et stimulera l'économie locale. Pour le géant allemand de l'ingénierie menant les opérations, il s'agissait “d'une opportunité d'investissement attractive qui vole de ses propres ailes, et du moyen le plus compétitif de fournir de l'électricité, puisqu'il n'y a pas besoin de subventions pour rendre possible l'énergie éolienne au Maroc.”

Voilà une preuve que les technologies propres et les énergies renouvelables sont aujourd'hui enfin fiables et rentables, et que leur mise en œuvre ne devrait nécessiter aucun sacrifice financier, ni comportemental. S'engager dans ces nouvelles solutions est avant tout “logique” et non “éco-logique”. Même si le monde ne connaissait aucun changement climatique, les énergies renouvelables et les technologies propres ont toute leur place. En effet, celles-ci permettent non seulement de réduire les émissions de CO2 et de protéger les ressources naturelles, mais également de créer des emplois, de générer des profits et de stimuler une croissance durable. Les bénéfices positifs de la stratégie énergétique marocaine en sont la preuve.

De plus, le Maroc est en passe de devenir un chef de file major en matière d'action en faveur du climat sur la scène internationale. Le pays a soumis une importante “contribution décidée au niveau national” (Intended Nationally Determined Contribution, INDC), fixant des objectifs ambitieux de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Il s'est engagé à une réduction inconditionnelle de 13 % à l'horizon 2030 et à une réduction conditionnelle de 32 %, réalisable s'il accède à de nouvelles sources de financement et à un soutien accru.

Il va sans dire qu'au cours des derniers mois, tous les yeux de la planète étaient rivés sur le Maroc pour l'un des grands rendez-vous internationaux pour l'environnement. Et nous n'aurions pu rêver d'un meilleur exemple que le Maroc pour les économies émergentes. Tirant profit des avantages des énergies renouvelables et efficaces, la stratégie énergétique du pays met en avant des solutions existantes plutôt que des problèmes intangibles et un coût important pour la protection environnementale.

L'évolution du Maroc au cours des cinq dernières années montre que la croissance économique et la protection de l'environnement peuvent aller de pair ; il est aujourd'hui possible de combler le fossé qui sépare l'écologie de l'économie.

Bertrand Piccard 

Blog publié en partenariat avec Caran d'Ache

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