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Cinq étapes pour un monde fonctionnant aux énergies propres
25/01 - 2016

Cinq étapes pour un monde fonctionnant aux énergies propres

Ceux qui demandent une politique énergétique garantissant la sécurité de l’approvisionnement en énergie et des prix compétitifs ont tout à fait raison. Mais pourquoi ces personnes ne sont-elles toujours pas favorables aux énergies renouvelables ? Sorties du discours des écologistes dans lequel elles sont trop longtemps restées enfermées, ces nouvelles énergies constituent une formidable opportunité économique qui permettrait de générer profits et emplois. Même s’il n’y avait pas le changement climatique, il ne serait pas insensé de passer aux énergies renouvelables et aux technologies propres.

Cependant, pour ce faire, nous devons tous savoir cinq choses :

 

Diversification

Aucune source d’énergie ne pourra suffire à elle seule. La sécurité énergétique ne sera obtenue qu’en combinant savamment toutes les sources d’énergie : énergie solaire thermique et photovoltaïque, énergie éolienne, énergie géothermique en surface et en profondeur, hydroélectricité provenant des barrages et rivières, et biomasse. Il faudra en outre passer par une phase de recours au gaz naturel avant d’atteindre les 100% d’énergies renouvelables.

 

Stockage

Les énergies renouvelables sont souvent critiquées pour leur manque de fiabilité alors qu’en réalité, les réseaux intelligents peuvent assurer une distribution régulière et à grande échelle de l’électricité qu’elles produisent. Il est vrai toutefois que le stockage de l’énergie a longtemps posé problème et que nombreux parmi ceux qui se sont penchés sur la question ont échoué. Je pense notamment à l’effondrement spectaculaire, en 2013, de Better Place, une start-up israélienne qui avait réussi à lever 1 milliard de dollars et était censée changer le monde.

Récemment, des avancées ont cependant permis de déployer les technologies dans le monde entier. Prenons l’exemple de Tesla. En 2015, ils ont lancé Powerwall, une batterie domestique d’une capacité de stockage de 7 kWh suffisant à alimenter la plupart des foyers en électricité pendant une soirée en utilisant l’électricité générée par des panneaux solaires ou le réseau public pendant la journée. Et n’oublions pas les fameuses voitures électriques, d’une autonomie de 400 km et qu’une recharge de seulement 20 minutes leur permet de parcourir environ 200 km.

 

Rentabilité

Ces dernières années, le prix des énergies renouvelables a chuté et commence à être compétitif. À Dubaï, l’électricité solaire est désormais moins chère à produire que celle provenant des turbines à gaz. Selon l’IRENA (Agence internationale pour les énergies renouvelables), en 2014, les prix des modules photovoltaïques solaires étaient environ 75 % moins élevés qu’ils ne l’étaient à la fin 2009. Chaque fois que la capacité cumulée du parc installé est multipliée par deux, les tarifs devraient baisser de 18 à 22 % et pour les installations d’énergie éolienne, de 10 %.

Quant au tarif de rachat, il ne faut pas le voir comme une subvention mais comme une manière intelligente de répartir l’investissement initial entre les consommateurs finaux. Il permet à l’argent de circuler, ce qui est toujours bon pour l’économie. Le point commun de toutes ces énergies est qu’elles génèrent emplois et profits au lieu de servir les intérêts de pays lointains et parfois instables politiquement. C’est pourquoi, en Afrique subsaharienne, où deux personnes sur trois n’ont pas accès à l’électricité, des initiatives telles que Akon Lighting Africa fournissent à des communautés des installations fonctionnant à l’énergie solaire, comme des lampadaires, des micro-réseaux et des réseaux domestiques.

De plus, le coût des énergies renouvelables correspond à leur prix, ce qui n’est pas le cas pour les combustibles fossiles. Ces derniers sont peut-être moins chers à l’achat, mais leur coût réel (épuisement des ressources, marées noires, CO₂, guerres, démantèlement des centrales nucléaires, gaspillage, etc.) n’est pas inclus, ce qui les rend hors de prix en réalité.

 

Efficacité énergétique

Les énergies renouvelables pourront-elles vraiment remplacer les sources d’énergie actuelles ? Si notre société continue à gaspiller l’énergie comme elle le fait, certainement pas. Nous devons nous rendre compte, et vite, que développement des énergies renouvelables et efficacité énergétique doivent aller de pair. Les ampoules à incandescence, les moteurs à combustion, l’isolation des logements, les systèmes de chauffage et de refroidissement, les réseaux de distribution de l’électricité… ont tous 100 ans.

Pourquoi sommes-nous si exigeants lorsqu’il s’agit des technologies de la communication et non des systèmes énergétiques ? Regardez Solar Impulse : grâce aux technologies à haut rendement énergétique de l’avion, comme nos moteurs, qui affichent une efficacité énergétique de 97 % contre 27 % pour les moteurs thermiques classiques, nous avons pu effectuer 117 heures de vol à la suite, en ne comptant que sur les rayons du soleil. Si ce n’est pas une preuve du potentiel de l’efficacité énergétique, je ne sais pas ce que c’est.

 

Cadres législatifs

Pour éviter que la concurrence ne soit faussée, ce que redoutent les investisseurs, nous devons impérativement mettre en place un cadre législatif favorisant le remplacement des technologies archaïques et polluantes par d’autres technologies, modernes et propres. Cela nous permettrait déjà de diviser nos émissions de CO₂ par deux. Il ne fait aucun doute que le traité de la COP21 signé par 191 pays lors de la conférence de Paris sur le climat, en novembre 2015, y contribuera grandement. Cependant, la réussite de la transition énergétique dépendra également de l’esprit de pionnier de nos gouvernements. Encourageons-les à être ambitieux.

 

Bertrand Piccard

 

Cet articlea été initialement posté ici

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